Journée mondiale de l’eau : La privatisation de l’eau, une menace pour les femmes et les filles, OWORAC alerte les gouvernements africains
La coalition Our Water, Our Right Africa (OWORAC) se joint aux communautés du monde entier pour commémorer la Journée mondiale de l’eau, en reconnaissance du rôle central que cette ressource essentielle à la vie joue dans nos existences et des efforts considérables encore nécessaires pour réaliser et protéger le droit humain à l’eau pour toutes et tous. Le thème de cette année, « Eau et genre », souligne l’importance cruciale de s’attaquer aux inégalités de genre qui caractérisent les foyers confrontés à des crises hydriques aiguës.
OWORAC, qui rassemble des organisations de la société civile, des communautés locales et des syndicalistes de tout le continent africain, maintient fermement que toutes les formes de privatisation de l’eau et de contrôle de cette ressource par les entreprises doivent être rejetées, car elles sont fondamentalement incompatibles avec la réalisation de la justice en matière d’eau et de genre, en particulier sur le continent africain.
« Alors que le monde se rassemble pour marquer la Journée mondiale de l’eau, nous devons rester lucides quant à deux des piliers qui sous-tendent la crise mondiale de l’eau : les inégalités de genre et l’avidité des entreprises. À travers l’Afrique, ce sont les femmes et les filles qui paient le prix le plus élevé lorsque les gouvernements cèdent les systèmes publics d’approvisionnement en eau à des intérêts privés », a déclaré Fatou Diouf, du Réseau sénégalais pour la justice de l’eau, au nom d’OWORAC. « Les exemples à travers le monde montrent que la loyauté des opérateurs privés va à leurs profits. Ainsi, la privatisation transforme un droit humain fondamental en marchandise lucrative et aggrave les injustices existantes, d’où l’appel adressé aux peuples africains à exiger des systèmes d’eau financés publiquement et gouvernés de manière démocratique. »
À l’heure actuelle, des milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre. Comme pour de nombreuses crises sociales, la crise de l’eau ne se manifeste pas de manière uniforme, ni à l’échelle mondiale ni au sein même des communautés. Le fait demeure que les femmes et les filles subissent un impact de manière disproportionnée et alarmante lorsque l’eau salubre n’est pas facilement accessible.
Chaque jour, en Afrique subsaharienne, les femmes et les filles consacrent 200 millions d’heures à la collecte de l’eau. Ce chiffre considérable n’est pas qu’une statistique : il représente une perte, car chaque heure correspond à une personne qui aurait autrement pu consacrer ce temps à obtenir une éducation, à gagner un salaire ou simplement à rester en sécurité au sein de sa communauté. Comme l’a souligné Cecilia Sharp, directrice des programmes WASH et CEED à l’UNICEF : « Chaque pas qu’une fille fait pour aller chercher de l’eau est un pas qui l’éloigne de l’apprentissage, du jeu et de la sécurité. »
OWORAC est également préoccupée par des informations selon lesquelles le gouvernement du Zimbabwe envisagerait de démanteler la Commission du genre du Zimbabwe. À un moment où la communauté internationale reconnaît les liens étroits entre l’accès à l’eau et l’égalité de genre, le démantèlement de l’une des rares institutions nationales chargées de répondre aux enjeux relatifs aux femmes constituerait un recul préoccupant. La Commission a été l’un des rares espaces institutionnels amplifiant les préoccupations des femmes et plaidant pour l’accès aux services de base, y compris à l’eau. L’affaiblissement d’un tel organe risque d’accentuer la marginalisation des femmes dans les décisions politiques qui affectent directement leurs moyens de subsistance et leur bien-être. Ce débat intervient également alors que le Zimbabwe a annoncé son intention de mettre en oeuvre des programmes de privatisation de l’eau à l’échelle nationale, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à la défense des intérêts des femmes et des communautés vulnérables, alors que des services publics essentiels sont ouverts au contrôle des entreprises.
Malgré les efforts nécessaires pour combler les inégalités d’accès à l’eau et rendre nos sociétés plus équitables, les entreprises privées de l’eau et les institutions qui agissent en leur nom continuent de promouvoir la fausse solution de la privatisation, tandis que les décideurs à travers le continent semblent animés par une vision en tunnel dans leur poursuite de cette dangereuse diversion. Entre des factures d’eau inabordables, des atteintes aux droits des travailleurs et une gouvernance de l’eau de plus en plus dépourvue de responsabilité, il existe des preuves accablantes – et de plus en plus nombreuses – des préjudices que la privatisation de l’eau inflige aux membres des communautés, aux travailleurs et aux États eux-mêmes. Il est désormais évident que les dispositifs de privatisation, y compris les prétendus « partenariats public-privé », ne feront qu’aggraver les difficultés existantes au lieu de les résoudre.
Il est donc honteux que les Nations unies accueillent comme membre du groupe de travail de la Journée mondiale de l’eau 2026 le lobby international de l’industrie privée de l’eau, AquaFed, qui représente des géants du secteur tels que Veolia et Suez. Nos gouvernements et les institutions internationales devraient tenir ces profiteurs de l’eau responsables de leurs abus, et non les accueillir à bras ouverts.
Par conséquent, OWORAC saisit cette occasion de la Journée mondiale de l’eau pour réitérer ses revendications : les gouvernements et les peuples africains doivent rejeter la privatisation de l’eau et les soi-disant « partenariats public-privé », qui constituent de fausses réponses aux défis bien réels auxquels le continent est confronté. Les gouvernements doivent affecter les fonds publics aux services publics, et non à des incitations destinées à attirer les privatiseurs. Ils doivent également mettre fin aux contrats et aux politiques opaques qui excluent les populations des décisions qui affectent leur vie et leurs moyens de subsistance. Il est essentiel de veiller à ce que les femmes ne continuent pas de supporter le poids principal des crises de l’eau et des abus liés aux systèmes privatisés, mais qu’elles soient, au contraire, au centre de la gouvernance publique de l’eau. Enfin, condition indispensable à la réalisation de ces objectifs, il convient de garantir une participation réelle et significative des communautés, de la société civile et des travailleurs aux décisions qui touchent au droit humain fondamental des populations à l’eau.
1. Senegalese Water Justice Network (Senegal)
2. Corporate Accountability and Public Participation Africa (Nigeria)
3. Amaka Nweke Foundation (Nigeria)
4. Water Citizens Network / Revenue Mobilisation Africa (Ghana)
5. Disability Not a Barrier Initiative (Nigeria)
6. Cheriehomes Global Initiatives(Northeast Nigeria)
7. Christian Initiative For Nation Building (Nigeria)
8. Green Scenery (Sierra Leone)
9. Voices for Water (Zimbabwe)
10 Biodiversity and Biosafety Association of Kenya (Kenya)
11. Corporate Accountability (International)